Livre IV.
 

Livre III.

Fable I.
La Digue et le Torrent

La Digue un jour disait: »Arrête ton ravage,
Sois soumis, fier Torrent! je viens bannir l'effroi,
Et je peux, seule, offrir la paix à ton rivage.«
Le Torrent c'est le peuple, et la Digue un bon roi.

Fable II.
La Calomnie

Damis tombe, frappé d'un poignard délateur;
Il guérit cependant du coup le plus funeste:
Son assassin s'écrie: »Au moins la marque reste.«
Dis, te reconnois-tu, vil calomniateur!

Fable III.
Le Lion et l'Ane

Des honneurs un Lion eut la satiété;
Il accueille un Baudet, chargé de le distraire
Mais, au lieu de rugir, le Lion vint à braire.
       Prends garde à ta société.

Fable IV.
Le Loup

    Pour un quidam un Loup eut des attraits;
Il l'abrite, le féte, et de bons mots le gorge;
Le Loup voit un agneau, le saisit et l'égorge.
    Un méchant cœur ne se guérit jamais.

Fable V.
La Grappe

Dans une belle Grappe un mauvais grain se cache;
De gâter un raisin aurait-il la noirceur?
Oui: bientôt la gangrène à ses frères s'attache.
Un seulvice suffit pour gangrener le cœur

Fable VI.
Boileau et Racine

Mille sots rimailleurs, tout bardés de travers,
Poursuivaient et Racine et ses sublimes vers:
Boileau seul défendait sa muse poursuivie.
La marque d'un grand cœur, c'est d'être sans envie.

Fable VII.
Le Baudet

Un vieux et lourd Baudet veut singer la jeunesse,
Trotte, braie, et se rue, et poursuit jeune ânesse;
On se rit; lui criait: »Peste! des envieux!«
C'est un art malaisé de savoir être vieux.

Fable VIII.
Le Rayon de Miel

Un enfant voit du miel! ô quel doux aliment!...
Tandis qu'avec plaisir sa lèvre s'y promène,
L'aiguillon d'une abeille arrête mon gourmand.
Le miel, c'est le plaisir, l'aiguillon, c'est la peine.

Fable IX.
Le Traducteur

Un singe qui servait un homme de génie
Devint, le copiant, parfait imitateur;
Il voulut composer, on siffla sa manie.
          Avis au Traducteur.

Fable X.
La Fausse Amitié

Un Crapaud dit un jour »Commère la Grenouille,
   Soyons amis!« A peine marché fait,
Le traître la dénonce, et l'insulte, et la souille.
   L'Amitié fausse est le plus vil forfait.

Fable XI.
Le Creuset

       »Quelle occasion opportune!
De l'or!... Vite un Creuset! éprouvons sa valeur!
Il est bon, dit Alcandre, et je tiens ma fortune!«
Éprouvez vos amis au creuset du malheur.

Fable XII.
Le Danger du Mensonge

Un Enfant, entraîné par un cœur inhumain,
       Dit un jour un honteux mensonge;
Grand, il mentit l'amour, et l'honneur, et l'hymen:
Ce vice affreux conduit plus loin que l'on ne songe.

Fable XIII.
Le Frein et le Coursier

Un Frein serrait trop fort: le fier Coursier se rue.
Maître Frein s'adoucit: dom Coursier marcha bien.
Voulez-vous conserver une puissance ardue,
Princes? ne lâchez trop, ne serrez trop le frein.

Fable XIV.
Le bon Cœur

Aglaure s'écriait: »O Temps! je te déteste!
      Tout vieillit: grace, esprit, attraits.«
Sa mère lui répond: »Un seul charme nous reste:
      Le bon cœur ne vieillit jamais.«

Fable XV.
Le Riche et le Poëte

»Un Poëte, si fier!« disait le fier Mondor.
Mais le fils d'Apollon, resplendissant de gloire:
»J'abaisse ma fierté devant l'orgueil de l'or,
Si l'or peut t'acheter l'immortelle mémoire.«

Fable XVI.
L'Or

»En quoi! donc, disait l'Or, ingrate médisance,
       Toujours tomber sur moi!
Mais je taris les pleurs; je sers la bienfaisance:
       Tout dépend de l'emploi.

Fable XVII.
Le Lévrier et l'Ane

Le front bas, à pas lents, marchait un lourd Anon;
     Un léger Lévrier ricane:
»Je vole, et le devance: oh! pour moi quel renom!«
Est-il donc quelque gloire à devancer un àne?

Fable XVIII.
Le Sage et le Sot

»En quoi donc! tant chérir ta maussade retraite,«
    Disait au Sage un Sot surpris.
Il répond au faquin, dont l'aigreur le maltraite:
    »Tu m'en fais connaître le prix.«

Fable XIX.
L'Avare

Un Avare, enchaînant son prodigue appétit,
     De faim près de son or succombe;
     On grava sur sa maigre tombe:
Gripard enfin mourut, c'est le seul bien qu'il fit.

Fable XX.
Le Perce-Neige

»Qu'importe des hivers la longue tyrannie!
Disait un Perce-Neige, éclatant de blancheur;
Je brave l'aquilon, les nuits et leur fraîcheur.«
      Qui peut arrêter le génie?

Fable XXI.
Avis aux Conquérants

D'un riche Laboureur l'avidité traîtresse
Surchargeait ses greniers d'une immense richesse,
Tant que grains et planchers, tout s'écroule à-la-fois.
Un trop vaste pouvoir s'écroule sous son poids.

Fable XXII.
Le Proscrit

Sur un proscrit planait le danger le plus grand;
Un étranger reçoit sa vertu poursuivie;
Un parent le dénotice, et l'arrache à la vie.
La plus terrible haine est celle d'un parent.

Fable XXIII.
Le Miracle

Un impie insultait notre cuite adorable:
»Faites, et j'y croirai, des miracles nouveaux.«
Soudain le bronze apprend d'une voix formidable
Que le Ciel aux Français donne un Duc de Bordeaux.

Fable XXIV.
L'Enrichi

»Chassez ces intrigants dont l'aspect m'importune
Gens de rien, sans honneurs, sans aïeux, sans fortune.«
        Quel grand seigneur parlait ainsi?
               Un Enrichi.

Fable XXV.
Éloge de la Religion chrétienne

Une Secte criait: »Vengeons mon abandon!
Semons et la terreur, et le sang, et les larmes!
Eh bien! soldats du Christ, qu'opposer à ces armes?«
              — Le pardon.